Quand on parle de la femme la plus influente au monde, la réponse change selon ce que l’on mesure. Pouvoir politique, fortune personnelle, rayonnement culturel ou capacité à transformer les normes sociales : chaque critère produit un palmarès différent. Comprendre ces distinctions permet de saisir pourquoi un même titre revient à des profils si variés d’une liste à l’autre.
Influence politique et classement Forbes : pourquoi Ursula von der Leyen domine
Depuis 2022, le magazine Forbes place Ursula von der Leyen en tête de son classement annuel des 100 femmes les plus puissantes du monde. Son rôle de présidente de la Commission européenne explique son score élevé sur les critères retenus par Forbes.
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Ces critères sont au nombre de quatre : argent contrôlé, impact sur les décisions, visibilité médiatique et étendue de la sphère d’influence.
Juste derrière, la Française Christine Lagarde occupe la deuxième place pour la sixième fois. En tant que présidente de la Banque centrale européenne, elle pilote la politique monétaire de la zone euro. Le duo von der Leyen-Lagarde illustre un fait marquant : l’Europe concentre les deux premières places du palmarès, alors que la majorité des femmes classées restent de nationalité américaine.
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Richesse, héritage et entrepreneuriat féminin : ce que Forbes révèle aussi
Vous avez déjà remarqué que les femmes les plus riches du monde sont rarement celles qui ont fondé leur entreprise ? Forbes confirme cette intuition. En 2026, seules 13 des 62 femmes présentes dans le Forbes 400 américain sont considérées comme ayant bâti leur fortune elles-mêmes. Près de 80 % ont hérité d’au moins une partie de leur patrimoine.
Ce déséquilibre structurel relativise la notion d’influence économique féminine. Détenir une fortune colossale ne signifie pas forcément diriger une entreprise ou peser sur des décisions stratégiques. L’accès des femmes au sommet économique repose encore largement sur l’héritage, pas sur la création de valeur entrepreneuriale.
La représentation féminine dans les classements de richesse reste par ailleurs structurellement minoritaire. Cela ne diminue pas l’influence réelle de ces femmes, mais rappelle que les palmarès économiques reflètent aussi des inégalités d’accès au capital et aux postes de direction.
L’intelligence artificielle comme nouveau levier
Un axe récent mérite attention. Forbes note que l’intelligence artificielle constitue désormais un nouvel axe de pouvoir féminin dans les palmarès économiques. Les femmes qui investissent ou dirigent dans ce secteur gagnent en visibilité et en poids financier, ce qui pourrait modifier la composition des classements dans les prochaines années.
BBC 100 Women : une définition d’influence qui dépasse le pouvoir institutionnel
Le classement Forbes n’est pas le seul à tenter de répondre à cette question. La liste BBC 100 Women, publiée chaque année en décembre, adopte un périmètre très différent. Elle inclut des militantes, des artistes, des sportives et des survivantes engagées.
En 2024, cette liste mettait en avant des profils comme Nadia Murad, Gisèle Pelicot ou Rebeca Andrade. Aucune de ces femmes ne figure dans le top 10 Forbes, et pour cause : leur influence ne se mesure ni en milliards ni en nombre de lois signées.
- Forbes évalue le pouvoir institutionnel et économique : postes de direction, fortune, contrôle de budgets publics.
- BBC 100 Women intègre la visibilité culturelle, le militantisme et la capacité à transformer les normes sociales.
- D’autres listes, comme le Time 100, croisent notoriété médiatique et impact sectoriel, ce qui produit encore un autre résultat.
La réponse dépend donc du périmètre retenu et de la date. Une dirigeante politique peut dominer un classement de pouvoir institutionnel, une entrepreneuse celui du pouvoir économique, et une militante celui de l’impact social.

Pourquoi la question elle-même mérite d’être déconstruite
Chercher « la » femme la plus influente au monde suppose qu’un critère unique pourrait résumer toutes les formes de pouvoir. En pratique, chaque classement reflète les priorités de ceux qui le construisent.
Forbes, fondé aux États-Unis, surreprésente logiquement les profils américains. Le classement a démarré en 2004 sous la responsabilité de la rédactrice Elizabeth MacDonald. Il mesure avant tout l’impact politique et économique tel qu’il est perçu dans les médias américains. C’est pourquoi la majorité des femmes classées sont de nationalité américaine.
La BBC, média public britannique, valorise davantage l’engagement sociétal et la diversité géographique. Résultat : deux listes publiées la même année peuvent désigner des femmes radicalement différentes comme « les plus influentes ».
Ce que cela change pour le lecteur
Pourquoi cette distinction compte ? Parce qu’elle détermine quels modèles de réussite féminine sont rendus visibles. Si seuls les classements économiques circulent, l’influence culturelle et militante reste invisible dans le débat public. Si seuls les classements militants sont relayés, le poids réel des décideuses économiques et politiques passe au second plan.
- Pour évaluer l’influence politique, le classement Forbes reste la référence la plus citée.
- Pour mesurer l’impact social et culturel, la liste BBC 100 Women offre un panorama plus large.
- Pour la richesse pure, le Forbes 400 donne une photographie précise mais structurellement biaisée par la question de l’héritage.
La femme la plus influente au monde en 2025 selon Forbes s’appelle Ursula von der Leyen. Selon la BBC, la réponse serait tout autre. L’influence n’existe pas en dehors du cadre qui la mesure, et c’est précisément ce cadre qui mérite d’être interrogé avant de chercher un nom.

