La biomasse animale totale sur Terre est estimée à environ 2 gigatonnes de carbone. Ce chiffre, rapporté à la biomasse végétale qui domine la biosphère, paraît modeste. Identifier quel animal détient la plus grande biomasse suppose de choisir une échelle de comparaison : espèce, groupe taxonomique, milieu de vie. La réponse varie selon le curseur retenu.
Biomasse animale : une notion mesurée en carbone
En écologie, la biomasse désigne la masse totale de matière vivante d’un organisme, d’une population ou d’un groupe taxonomique à un instant donné. Elle s’exprime le plus souvent en gigatonnes de carbone (Gt C), une unité qui permet de comparer des organismes de tailles très différentes sur une base chimique commune.
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Cette convention explique pourquoi un éléphant individuel pèse plus lourd qu’un copépode, mais des milliards de copépodes peuvent représenter une biomasse cumulée supérieure à celle de tous les éléphants réunis. La question « quel animal a la plus grande biomasse » n’est donc pas une question de taille individuelle, mais de masse cumulée à l’échelle planétaire.
Les estimations comportent des incertitudes considérables. Pour les arthropodes terrestres, l’intervalle d’erreur peut atteindre un facteur quinze selon les synthèses récentes. Les données sur les espèces marines profondes restent particulièrement lacunaires.
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Arthropodes marins : le premier réservoir de biomasse animale

Les arthropodes marins représentent environ 1 gigatonne de carbone, ce qui en fait vraisemblablement le plus grand réservoir de biomasse animale sur la planète. Ce groupe inclut les crustacés planctoniques, et parmi eux les copépodes jouent un rôle prépondérant.
Les copépodes sont des crustacés millimétriques présents dans tous les océans. Leur densité dans les eaux de surface et leur distribution mondiale leur confèrent une biomasse cumulée sans équivalent chez les animaux. Ils constituent la base des réseaux trophiques marins et transfèrent l’énergie du phytoplancton vers les poissons, cétacés et oiseaux marins.
Derrière les arthropodes marins, les poissons arrivent en deuxième position avec une estimation d’environ 0,7 gigatonne de carbone. Un fait souvent ignoré : la moitié de cette biomasse serait constituée de poissons mésopélagiques, comme les poissons-lanternes, qui vivent entre 200 et 1 000 mètres de profondeur et migrent verticalement chaque nuit.
Ces espèces ne sont presque jamais pêchées ni observées par le grand public, ce qui fausse la perception courante de la vie marine. Les grands poissons commerciaux (thon, cabillaud, saumon) ne représentent qu’une fraction limitée de la biomasse totale des poissons.
Mammifères terrestres : le poids écrasant du bétail
Sur terre, la répartition de la biomasse entre mammifères sauvages et domestiques est radicalement déséquilibrée. La biomasse des animaux domestiques dépasse très largement celle des mammifères sauvages. Les bovins, porcs et ovins concentrent l’écrasante majorité de la masse des mammifères terrestres.
Ce rapport reflète l’emprise de l’élevage sur les écosystèmes. Les mammifères sauvages terrestres, malgré la diversité des espèces (grands herbivores, carnivores, primates), ne pèsent qu’une fraction de ce que représente le cheptel mondial.
- Les mammifères marins (baleines, phoques, dauphins) représentent une biomasse nettement inférieure à celle des mammifères domestiques.
Ce déséquilibre s’est accentué au fil des siècles avec l’expansion de l’agriculture et la réduction des habitats naturels. La distribution de la biomasse animale reflète directement l’empreinte humaine sur la biosphère.
Biomasse animale comparée aux plantes et aux procaryotes

Pour mesurer la place réelle des animaux, il faut les replacer dans le contexte global de la biosphère. La biomasse totale des organismes vivants (hors bactéries et archées) est estimée à environ 550 gigatonnes de carbone. Les plantes en représentent l’écrasante majorité, principalement sous forme de bois dans les forêts.
Les animaux, toutes espèces confondues, ne constituent qu’une part marginale de cette biomasse totale. Même les arthropodes marins, pourtant premiers du règne animal, pèsent plusieurs centaines de fois moins que la végétation terrestre.
Les procaryotes (bactéries et archées) forment un autre réservoir massif. Présents dans les sols, les océans, les sédiments et même la croûte terrestre profonde, ils atteignent des biomasses considérables, bien que les estimations varient fortement selon les méthodes de calcul.
Le tableau suivant résume les principaux groupes :
| Groupe | Biomasse estimée (Gt C) |
|---|---|
| Animaux (total) | ~2 |
| Arthropodes marins | ~1 |
| Poissons | ~0,7 |
Ces chiffres montrent que le règne animal, malgré sa diversité spectaculaire, reste un compartiment minoritaire de la biomasse terrestre. La vie sur Terre est avant tout végétale et microbienne.
La réponse à la question dépend donc du niveau d’analyse. Au sein du règne animal, les arthropodes marins dominent en biomasse cumulée. Parmi les mammifères, le bétail l’emporte sur la faune sauvage. Et dans la biosphère globale, les animaux dans leur ensemble ne pèsent presque rien face aux plantes. Chaque échelle de lecture raconte une histoire différente sur la distribution du vivant.

