L’acronyme 2SLGBTQI+ apparaît de plus en plus dans les textes officiels canadiens, les politiques publiques et les médias francophones. Il désigne les personnes bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, en questionnement et intersexes. Le « 2S » placé en tête distingue cet acronyme de ses variantes européennes et lui confère une dimension spécifique liée aux cultures autochtones d’Amérique du Nord.
Pourquoi le « 2S » figure en premier dans l’acronyme 2SLGBTQI+
La plupart des concurrents détaillent chaque lettre dans l’ordre. Le point qui mérite un vrai éclairage, c’est le choix politique et culturel de placer la bispiritualité avant toutes les autres identités.
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Le terme « bispirituel » (Two-Spirit en anglais) est un terme général qui recouvre de multiples traditions autochtones liées au genre et à la sexualité, des traditions que le projet colonial a tenté d’effacer pendant des siècles. Ce terme affirme l’interdépendance du genre, de la sexualité, de la communauté et de la spiritualité dans les cultures des Premières Nations, des Inuits et des Métis.
Le gouvernement du Canada a choisi de placer « 2S » (ou « 2E » dans la version francophone « 2ELGBTQI+ ») en tête de l’acronyme pour reconnaître l’antériorité de ces identités sur le territoire. Ce positionnement n’est pas cosmétique. Il s’inscrit dans les politiques fédérales liées aux femmes, filles et personnes 2SLGBTQI+ autochtones disparues ou assassinées, un dossier qui reste au cœur des engagements du gouvernement fédéral.
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Acronyme 2SLGBTQI+ : chaque lettre décryptée
L’acronyme regroupe des réalités distinctes. Certaines lettres désignent une orientation sexuelle, d’autres une identité de genre, et certaines se situent à l’intersection des deux.
Orientation sexuelle et identité de genre : deux axes différents
L’orientation sexuelle concerne l’attirance (romantique, émotionnelle, sexuelle) envers d’autres personnes. L’identité de genre désigne l’expérience interne qu’une personne a de son propre genre, indépendamment du sexe assigné à la naissance. Ces deux dimensions sont indépendantes l’une de l’autre et peuvent se combiner de multiples façons.
Les composantes de l’acronyme
- 2S (bispirituel·le) : terme propre aux cultures autochtones, désignant des personnes qui portent à la fois un esprit masculin et un esprit féminin, ou qui occupent un rôle de genre distinct dans leur communauté
- L (lesbienne) : femme attirée par d’autres femmes ; G (gai) : homme attiré par d’autres hommes ; B (bisexuel·le) : personne attirée par plus d’un genre
- T (transgenre) : personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance
- Q (queer ou en questionnement) : terme général adopté par la communauté francophone 2SLGBTQI+ pour désigner des identités ou attirances qui ne rentrent pas dans les catégories traditionnelles, ou personne qui explore encore son orientation ou son identité
- I (intersexe) : personne née avec des caractéristiques biologiques (chromosomes, hormones, anatomie) qui ne correspondent pas aux définitions typiques du masculin ou du féminin
- Le « + » englobe toutes les autres orientations sexuelles et identités de genre non listées, comme les personnes agenres, de genre fluide ou pansexuelles
Certaines personnes utilisent le terme OSIG (orientations sexuelles et identités de genre) pour désigner l’ensemble de ces réalités sans recourir à un acronyme qui s’allonge.
Plan d’action fédéral 2SLGBTQI+ au Canada : un financement sous pression
Au-delà de la terminologie, l’acronyme 2SLGBTQI+ est devenu un marqueur des politiques publiques canadiennes. Le gouvernement fédéral a lancé un plan d’action dédié en 2022, avec une échéance prévue en mars 2027.
Des organismes communautaires demandent le renouvellement de ce plan et une augmentation de son financement, en invoquant la croissance des besoins en santé mentale, en logement et en sécurité pour les personnes 2SLGBTQI+. Le débat ne porte plus uniquement sur la reconnaissance des identités : il concerne la capacité concrète des associations à maintenir leurs services de première ligne.
Précarisation des ressources associatives
Plusieurs organisations signalent une baisse simultanée des financements publics et des dons privés, alors que la demande de soutien augmente. Cette tension budgétaire touche en priorité les structures qui offrent de l’accompagnement direct (hébergement, lignes d’écoute, soutien juridique).
En parallèle, les crimes haineux visant l’identité ou l’expression de genre ont récemment augmenté au Canada. Ce contexte renforce l’urgence du plaidoyer des organismes communautaires auprès du Parlement.

Compétences fédérales et provinciales : les limites de la protection 2SLGBTQI+
Un aspect souvent absent des articles qui expliquent l’acronyme : le gouvernement fédéral ne peut pas agir de la même façon dans tous les domaines. La protection contre la discrimination liée à l’identité et à l’expression de genre s’applique aux secteurs de compétence fédérale (emploi fédéral, services bancaires, télécommunications, transports interprovinciaux).
En revanche, la santé, l’éducation et plusieurs réglementations sportives relèvent des provinces. Cette répartition constitutionnelle limite directement la portée du fédéral face aux politiques provinciales qui concernent, par exemple, les jeunes trans dans le milieu scolaire ou l’accès aux soins d’affirmation de genre.
Le résultat concret : une personne 2SLGBTQI+ peut bénéficier de protections très différentes selon sa province de résidence. Les droits reconnus au niveau fédéral ne se traduisent pas automatiquement par des politiques provinciales équivalentes.
2SLGBTQI+ ou LGBT+ : pourquoi l’acronyme varie selon les pays
En France et dans une grande partie de l’Europe francophone, l’acronyme courant reste LGBT+ ou LGBTQI+. Le « 2S » n’y figure généralement pas, pour une raison simple : la bispiritualité est un concept ancré dans les cultures autochtones nord-américaines et n’a pas d’équivalent direct dans le contexte européen.
L’acronyme 2SLGBTQI+ est donc spécifiquement canadien. Il reflète un choix de reconnaissance politique envers les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Quand on le rencontre dans un texte francophone, il signale presque toujours un cadre institutionnel ou associatif canadien.
Toutes les combinaisons d’orientations sexuelles et d’identités de genre sont possibles et propres à chaque personne. L’acronyme, quelle que soit sa forme, reste un outil de désignation collective. Il ne prétend pas capturer la diversité complète des expériences individuelles, ce que le signe « + » rappelle à chaque utilisation.

